Un blog d'aventure, de trail et d’évasion, où Mehdi et Sonia partagent leurs récits de course, leurs randonnées en pleine nature et leurs escapades à deux, au rythme des sommets, des forêts et des sentiers oubliés.
Après une dernière nuit toujours aussi chaotique, et un petit-déjeuner (un muesli granola extra chocolat, sommes toutes très bon), qui, une fois de plus, a refusé de passer avec mon ventre toujours aussi pesant, il est temps de se concentrer sur la dernière étape.
Je n’ai plus rien à perdre. J’ai tout à gagner.
Comme la veille, je charge ma flasque de 50cl dans la poche ventrale et les 2 petites gourdes de 250ml sur les épaules.
Photo : Marathon des Sables
Et là, ça part très fort. L’énergie est là, mais il faut savoir la canaliser. Heureusement, la pluie de la veille a durci le sable, ce qui facilite la progression. Le sable est presque dur alors qu’il devrait être mou. Comme la veille, je cherche les portions de sable dur pour avancer au maximum. Mon cardio monte vite, mais je me dis que ces 2h30 de souffrance, après tout, c’est une étape qui va passer comme un éclair. Une fois la ligne d’arrivée franchie, ce sera terminé.
Je choisis de ne pas m’arrêter aux CP. Il fait frais, presque froid en début de course, et j’ai assez d’eau. Au pire, tant pis, je boirai à l’arrivée. Après, je n’aurai plus rien à faire et le classement peut peut-être se jouer avec ce genre de détail. Je suis déterminée. Je me donne à fond.
Photos : Florent Fournier
La fin de la course se présente sous la forme de dunes successives, sur plusieurs kilomètres, qui ne sont pas faciles, mais que je gère tant bien que mal. Mes petites ampoules me rappellent leur présence, mais ce n’est rien. Pas le temps de se concentrer sur ça. Je suis dans ma bulle et je me projette déjà sur la ligne d’arrivée. Je sens que je suis proche du but, et ça me booste encore plus. J’accélère. Je file, comme un dernier souffle de vent avant de franchir la ligne d’arrivée. Pas peu fière de moi.
Après 250 kms dans le sable, faire un semi en 2h10, c’est une sacrée performance (pour moi !). A l’arrivée, les bénévoles sont, une dernière fois, présents pour nous accueillir dans leurs bras. L’émotion est aussi forte pour eux que pour nous. Ayez. C’est terminé. Un mélange de soulagement, d’euphorie et de tristesse. Marathon Des Sables – The Legendary : c’est fait.
Le résultat final ? Au moment de franchir la ligne, je ne le sais pas encore, mais dans tous les cas, je suis convaincue que je n’aurais pas pu donner plus. Le travail est fait, et je me suis donnée à fond. Sans regrets !
Pour les chiffres : 📍 Arrivée km 21.1, 202D+/204D- ⏱ En 2h10 , 1057ème au général, 8ème femme sur l’étape du jour Après la sixième et dernière étape : 71ème / 848 au général, 9ème / 181 femme 📊 Moyenne de l’étape : 9.75 km/h
Soit une moyenne de 7.93km/h sur l’ensemble des 250kms, pour un temps de course total de 31h37min38sec.
Jeudi : une journée où l’on ne fait rien… enfin, si, c’est possible ! 😅
A 6h00, ni vu ni connu, j’étais prête pour enquiller de nouveaux kilomètres, mais que nenni. Alors, j’ai marché autour du camp, ramassé du petit bois pour le feu collectif.
J’ai profité de cette journée pour me reposer, observer les coureurs finir leurs 80 kms, capter l’émotion dans leurs jambes, dans leurs yeux, et laisser cette énergie m’envahir. Ce mélange de fatigue et de fierté se lit dans chacun d’eux, et c’est ce qui rend tout ça si fort.
Il faut savoir que le MDS est fait pour que de bons marcheurs puissent aller au bout, et franchir les barrières horaires. Le serre-fil n’est rien d’autre qu’un dromadaire 🌞
La nuit du jeudi au vendredi, en revanche, a été assez… épique. Des orages monstrueux avec des éclairs éclatants qui ont illuminé le ciel d’une manière impressionnante. À 00h, je lance à Morgane (qui ne dormait pas à ce moment là) : « Tu entends ça ? Ça va tomber fort. Faut qu’on protège la tente. » Alors, dans la tempête, on improvise : on attrape une bâche, et on la fixe tant bien que mal sous les rafales, et la pluie commence à déferler. Le vent souffle si fort que je me retrouve à m’avachir contre la tente, de peur qu’elle ne parte en vol plané. Mais, au bout d’un moment, ça se calme. Pfiou, quelle aventure. On dirait bien que je suis en train de bosser mes abdos sans m’en rendre compte. 😆 Finalement, je m’endors bien plus tard, avec les bruits du vent et des orages en fond sonore. Le réveil à 5h00 m’arrache un sourire fatigué. 🌧️⏰
En début de semaine, j’ai perdu ma pilule. Résultat : je suis indisposée. Mais bon, ça ne m’empêche pas de me lever, d’essayer d’avaler un petit déjeuner (ah, cette bonne gâche aux éclats de chocolat, une tuerie 🤤), même si mon ventre n’a pas du tout apprécié le crumble pommes-banane. Pas grave, je pars pour 42 kms avec presque rien dans le ventre. Je me rappelle le trail des deux châteaux, de 25 km que j’ai fait il y a un mois : après une petite intox’, j’avais vomi 48 h avant, presque rien mangé pendant deux jours, et malgré tout, ça avait tenu. Alors, cette fois, pas de raisons que ça ne passe pas non plus. 💪
La veille, j’apprends que je suis 8ème au classement féminin. Mais attention, les filles derrière sont des fusées sur des distances courtes, et elles ne sont même pas à 8 minutes derrière au général. Pas le choix : si je veux garder ma place, je dois y aller à fond. Je modifie mon « packaging » : flasque de 50 cl dans la poche ventrale, deux petites gourdes de 250 mL sur les épaules. Ma bouteille d’1L, je la laisse dans le sac pour respecter le matériel obligatoire, mais je la garde au cas où. (Après tout, un petit sachet zip aurait sûrement suffit… cf Vincent Bouillard, à méditer pour la prochaine fois ? 😉)
Je me place un peu plus en avant du peloton pour éviter de me retrouver derrière les marcheurs comme les autres jours. Et là, c’est parti… ça démarre fort ! Avec un petit carbolevure dans le ventre, j’ai l’impression que ça va tenir. GO, j’avance. Je suis là pour apprendre : soit je gagne, soit je me crame en vol. Le cardio est à la limite du rouge, mais les jambes répondent bien, alors je pousse. 🚀
Jusqu’à la dune du km 21, tout roule. Les CP s’enchaînent assez vite, ce qui est super pour garder le rythme. Victoire : j’arrive à manger 2 cacahuètes et 1 bonbon à chaque CP (avec un peu de gel Hydration Precision, bien sûr). La descente de la dune est juste incroyable. 😍
Photo : Marathon des Sables et Florent Fournier
A 5 kms du CP 4 (au km 26.8), j’ai un petit coup de mou sur du plat/faux plat montant avec un vent de face. Je tente de courir sans m’arrêter, de continuer à avancer. Peu importe le rythme, il faut y aller et ne rien regretter. Mais au km 38.7, une succession de dunettes interminables pendant 5 km me met à l’épreuve. Et là, erreur de débutante : au km 34.1 (dernier CP), il y avait encore des nuages, alors je repars du CP sans me mouiller, sans mettre ma casquette (suite à l’étape longue, je me suis rendue compte que de ne pas mettre ma casquette me permettait de mieux ventiler). Une erreur qui sera fatale. Le soleil arrive d’un coup, et avec lui, la chaleur implacable. Je n’ai plus de jus, mes réserves sont au minimum, et je peine à monter les dunettes. Je ne peux rien avaler non plus. Une autre féminine me double avant la fin, mais je n’ai plus la force de la suivre. 🏃♀️💨
A l’arrivée, après 4h45 de course, je suis complètement HS. Le dernier coup a été dur, mais je suis fière d’avoir tout donné. Ça me prend un moment pour me redresser. Pas facile, mais je n’ai aucun regret. 🙌 Merci à Florent d’avoir pu capter ces moments d’émotions (cf galerie en bas du post et son site https://celiope.fr/ ). Comme les autres jours, je prends le temps de me reposer. Un voisin me donne même des sachets de soupe, car il avait trop de nourriture. Merci, vraiment ! 🙏
L’après-midi, une douce mélancolie m’envahit. C’est la dernière après-midi dans le désert, loin de tout : pas de réseaux, pas de téléphone, pas de travail… juste l’essentiel. Et ça fait du bien. Je mets de côté mon ventre toujours en vrac. 😌 Comme tous les jours, je prends les électrolytes et la prot’ en arrivant au bivouac. Le soir, je mange enfin ma purée de pommes de terre, et là, c’est un vrai réconfort. Parfait pour me mettre au lit (enfin, au tapis, dans le duvet), pour passer la dernière nuit au bivouac. 🌙
Pour les chiffres : 📍 Arrivée km 42.2, 424D+/424D- ⏱ En 4h45, 87ème au général, 8ème femme sur l’étape du jour Après la cinquième étape : 71ème au général, 9ème femme (c’était prévisible, mais ça fait toujours plaisir ! 😉) 📊 Moyenne de l’étape : 9.01 km/h